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  • : Constellations des arts, de la culture et de la littérature au pluriel.
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  • Jean Frantz PHILIPPE
  • Je suis curieux et rebelle de nature. J'aime la vie et tout ce qui émerveille. Le côté caché des choses m'intéresse beaucoup. L'art, la culture et la littérature constituent ma devise.
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"Le plus bel arrangement est un tas d'ordures disposées au hasard."

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"Les espaces du Nouveau Monde fournissaient un matériau de choix pour ces rêveries méthodiques, soigneusement organisées, qui présentent l'envers du réel comme son prolongement vraisemblable, ou tout du moins souhaitable."

Gérard Bouchard

 

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 13:00

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                                       Ajoutée depuis Flickr.

 

La maison noire illuminée

 

Il y avait au milieu des arbres géants de toutes sortes de la plaine Cul Bois-Hauteur de mon quartier imaginaire d’antan, entourée de sombres brouillards, une vielle maison noire illuminée qui n’offrait aucune lumière mais inspirait de la peur à tous. Perdue dans les arbres musiciens et ces épais brouillards zombis qui ne respectaient pas le pouvoir du temps, la maison noire illuminée, qui n’était pas visible, se laissait surprendre par deux fidèles amis rebelles et curieux de nature. Makens, mon ami fidèle, et moi, nous partions à la recherche du bois pour nourrir le feu, et tandis que nous ramassions des branches sèches mais très humides, nous entendions non loin de nous des sons, des voix, et parfois, des cris dont les registres et les intonations ne cessaient de varier. Tantôt, il était question des tambours, des flûtes … qui se battaient et se jouaient, près d’une cascade, au rythme yanvalou. Tantôt s’était un moment de silence complice et de chuchotements macabres et effrayants. Tantôt il s’agissait des femmes initiées en transe qui libéraient de grands cris, des hommes voyants en chaleur qui jouissaient à l’avance de leurs conquêtes sexuelles à venir, ou des enfants apeurés qui criaient leur peur.

 

Nous restions figés pendant quelques secondes. Parce que c’était pour la première fois, après plus de trente années, que nous apercevions une telle activité aussi mystérieuse et effrayante dans la plaine Cul de Bois-Hauteur réputée pour ses arbres géants, ses brouillards épais zombis et son silence complice. Sur le coup, plusieurs idées effleuraient notre esprit. Peut-être que c’était là que les kidnappeurs avaient caché les trente-six personnes, hommes, femmes et enfants, kidnappées la semaine dernière ?, me demanda Makens. Non, n’est-ce pas de préférence Père Silibo, le hougan de la zone, qui réalisait une de ses secrètes cérémonies voudouesques ?, répondis-je. Un regard complice partagé entre nous un instant. Nous décidions d’affronter notre peur pour aller voir de quoi il s’agissait vraiment. Nous laissions tomber notre paquet de bois secs humides afin d’être plus libre pour aller découvrir le mystère. Nous avancions à pas contrôlés. Mais, après plusieurs minutes de marche en direction des sons, des voix et des cris très variés qui attiraient notre attention, nous remarquions vraisemblablement que tout s’éloignait à mesure qu’on s’avançait. La distance qui existait au préalablement entre nous et ces activités douteuses, mystérieuse, effrayantes, et non communes, demeurait toujours la même tandis qu’on avait marché pendant plus d’un quart d’heure dans le sens de diminuer cette distance. Notre peur augmentait d’un cran. Apparemment cette remarque était plus forte que notre curiosité innée. Rapidement nous décidions de retourner en courant sur nos pas en jetant à intervalle non régulier des coups d’œil en arrière. D’un coup, tous les sons, les voix et les cris étaient devenus un grand vacarme qui nous suivait de très près. Nous courions à tue tête dans tous les sens sans jamais trouver une brèche. Et soudain, nous frappions de plein fouet dans un mur sorti de nulle part. Tout s’arrêtait tout à coup. Littéralement nous étions en paix parce que nous étions inconscients.

 

On s’était réveillé dans le noir, à l’intérieur d’une maison, sur des lits de paille. Nous perdions toute notion de temps. Mais notre souvenir nous faisait comprendre que nous étions inconscients peut-être pendant cinq à dix minutes. Mais que faisions-nous à l’intérieur de cette maison noire ? Ou disons mieux, qui est-ce qui nous avait bien mis là ? Des doutes immenses nous envahissaient. Nous quittions à présent notre lit de paille pour aller trouver des réponses à nos interrogations. C’est à ce moment qu’on avait pu remarquer des changements importants au niveau de notre corps. Nous tremblions littéralement. Notre peau plissait. Notre dos courbait. Nous ne pouvions pas nous voir tellement le noir était épais mais il était sûr que nous avions vieilli de plus de quatre-vingt ans. Notre mémoire était jeune de trente-cinq ans et trente minutes environ. Mais notre corps à littéralement vieilli. On dirait que nous avions cent trente-cinq ans. Confus, nous poussions des cris de secours qui, malheureusement, n’avaient pas pu laisser notre chambre si immense. Nous partagions stérilement notre peur. Nous voyions dans une étrange stupéfaction défilé devant nous tous nos projets de jeunesse, toutes nos aspirations d’adultes. Et nous nous rendions compte que nous avions perdu une très grande partie de notre vie. Nous étions étrangers à nous-mêmes. On était là dans ce lieu mystique où presque tout nous échappait. Mais rebelles, nous ne voulions pas abandonner. Nous arpentions en tâtonnement cette grande maison noire à la recherche d’une ouverture pour sortir. Sans succès. Il n’y avait pas de brèches. A part nos lits de paille, nous avions pu remarquer que cette vieille maison noire était vide de l’intérieur, plus rien ne marchait. Fatigués de marcher, nous regagnions nos lits de paille sous le poids des regrets, du chagrin et de la peur.

 

Perdus dans nos pensées apeurées et chagrinées, on avait pris du temps pour comprendre que les activités reprenaient dans la maison noire. Des activités douteuses, mystérieuses et effrayantes. Ce n’était pas comme la première fois. Tout s’amplifiait à présent. Parce que nous étions au beau milieu. Nous avions eu l’impression que là où nous étions était le centre de la maison noire. Les rythmes voudouesques et les voix de toutes intonations nous entouraient. On entendait des pas rythmés qui s’approchaient et s’éloignaient en même temps de nous. Des voix bizarres très graves nous menaçaient sans relâche. On tremblait de peur. Ainsi nous avions décidé de partager le même lit. On se serrait l’un contre l’autre pour essayer de diminuer notre peur. Paraissait-il que ça marchait. Tout s’arrêtait un moment. Ce silence profond et brusque nous inquiétait encore plus. On avait raison. Moins d’une minute après, tout recommençait pour la plus belle. Mais cette fois-ci avec un extrême vraiment inquiétant. A part ces rythmes voudouesques et ces voix de toutes intonations qui nous entouraient, ces pas rythmés qu’on entendait s’approcher et s’éloigner de nous, nous étions caressés partout par des mains inconnues et invisibles. Ces attouchements tendres et effrayants ne faisaient qu’augmenter notre angoisse. Tantôt nous sentions des mains frêles et tremblantes nous caressaient la tête chauve. Tantôt c’étaient des mains d’enfants qui nous caressaient le visage ridé et triste, ou des mains mastorques et sauvages qui caressaient notre intimité. On voulait partir en courant. Mais on était prisonnier sans chaines. Nous sentions notre souffle allait se couper. De toute notre force, nous poussions un dernier cri : « Arrêter ! ». Et soudain, tout s’arrêtait une fois de plus. Peut-être que ses mystérieux êtres invisibles pouvaient nous obéir ? Nous crûmes un instant dans notre confusion totale.

 

Et, tout à coup, nous étions envahis par une lumière terriblement éclatante qui nous exigeait de rester les yeux fermés. Un vent très violent qui nous maltraitait, nous voltigeait ça et là. Et cette effrayante voix si grave que nous ne pouvions pas entendre très bien à cause de la force du vent nous inspirait encore beaucoup plus de peur.

Nous cherchions désespérément quelque chose de vraiment solide à tenir, avec laquelle nous pouvions s’agripper pour résister à tout ça. Mais il n’y avait que les murs. La maison était vide. Et les murs étaient très lisses comme des vitres. On était vraiment et réellement seul face à tout ça. Plus de parents. Plus d’amis. Toujours pas de responsables. Même Dieu semblait nous abandonné tout à coup. Notre espoir était fini. On ne se débattait plus. On laissait libre coup à ces voix macabres et effrayantes, à ces mains de tout âge qui nous touchaient partout, à cette lumière terriblement éclatante et à cette voix grave perdue dans ce vent si violent qui nous effrayaient tant. On était désespéré.

 

Quelques secondes plus tard, je n’entendis plus la voix de Makens, mon ami. Sans succès, je le cherchais en tâtonnant dans le noir. Mais il n’était plus là apparemment. J’étais seul. Plus besoin de lutter à présent. Tout était fini pour moi. Mon unique compagnon avait été disparu me laissant seul dans le noir épais et tout ce vacarme si violent. J’abandonnais mon corps et mon âme à la merci de toute cette frayeur si désagréable. Calmement je me sentais englouti dans un liquide très visqueux. Je ne sentais plus mes membres inférieurs. Ma hanche. Mon ventre. Mon estomac. Mes membres supérieurs. Ma bouche. Mon nez. Mes yeux. Mon corps tout entier m’abandonnait. Je n’y étais plus. Seul mon esprit vagabondait dans mon ultime souffrance et désespoir.

 

Et soudain, j’entendis la voix de ma mère, chargée d’émotions, qui m’appela. Réveillé en sursaut, je réalisais que je rêvais. Ce fut un mois de juillet des années 50 perdu dans ma mémoire où le cyclone Flora avait ravagé une bonne partie de ma terre natale. Je n’étais même pas encore né.

 

Jean Frantz PHILIPPE

Président de l’ASSOCC

Et consultant littéraire et administratif de l’OSEC

Poète, haïkiste, écrivain, animateur culturel, photographe, enseignant et journaliste indépendant.

Emails: pejifrantzou@yahoo.fr; pejifrantzou1@yahoo.fr  

Twitter : @pejifrantzou 

 

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Published by Philippe,Jean Frantz - dans Nouvelle
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